Billet

Joker, un Concentré de Bruits ou l’étonnante Métamorphose d’un Humoriste Bénévole

 

 

Tu es très coquin, tu es fort charmant, un saltimbanque amoureux à la solde du printemps, un troubadour à son firmament, un farceur, tourbillon de bonne humeur, un clown sans maquillage qui ne compte plus ses heures.
 
Ton rire sonore éclate par les rues, tes airs  de carnaval amusent les passants, tes blagues croustillantes, les autistes les plus chevronnés. L’humour, tu le distribues comme l’amour et ses promesses, placardées sur les réverbères des plus grands boulevards, tu les brandis à la face du monde comme un billet de cent.
 
Ton rictus enchanteur, tes évangiles décapants, comme tout bon prospectus, se distribuent jour après jour. Tout le monde t’aime : les enfants les plus vils, les parents les plus remontés, les mamies les plus névrosées, les jeunes filles les plus hystériques. Et même : les déviants de la pire espèce, les assassins les plus certifiés, les meurtriers les plus assoiffés, conçoivent pour toi les ferments d’une amitié rayonnante.
 
Mais tout ça, c’est trop beau, bien trop beau pour durer. L’innocence et le bonheur ne devraient être limités qu’à l’enfance, pénible ritournelle qui te revient souvent en tête. A quoi bon, en effet, participer à un conte de fées dérisoire dans un monde où le bonheur n’est jamais gratuit ?
 
Alors, tu commenças à t’ennuyer férocement. Et pire : à déprimer ! Forcément, de donner tant de toi, de colporter cette bonne humeur, de prodiguer du bonheur à toutes ses âmes perdues qui, sans cesse, revenaient vers toi comme ces esprits qui ne parviennent pas à s’échapper d’une maison, et n’ont rien d’autre à faire que de hanter des personnes innocentes, tout cela, ma foi, est fort épuisant.
 
Est-ce ta faute, à présent, si le malheur s’est abattu sur toi avec autant d’acharnement? Est-ce ta faute si l’humeur morose qui se dessine sur le visage ombragé des passants, le matin, incruste désormais ses stigmates mollassons sur ta figure autrefois simiesque ? Est-ce ta faute si tes plaisanteries les plus savoureuses et les plus légères se sont transformées à ton insu en ce cynisme assassin dont certains, à présent, font les frais ?
 
Aux grands maux les grands remèdes et sus aux intermèdes ! Le paracétamol, c’est pour les couilles molles :
 
Arlequin morbide, cabotin nauséeux, tu te fiches à présent éperdument des impairs de ces pairs déprimants. Qu’on vienne de taquiner, te réprimander ? Trois cabrioles, et tu les cambrioles, avec brio. Le pas leste, la démarche assurée, tu rayes une voiture, ni vu ni connu : que c’est beau, l’induction magnétique ! Désormais, plus explosif que jamais, tu poses des bombes artisanales, quand les mots ne font pas assez mal et pour cela, foutriquet, tu feras non seulement la une, mais resteras enfin dans les annales. 

 

Texte écrit le 7 avril 2012.
Ce texte fait partie de l’anthologie Au Bonheur des Drames :

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mai 23rd, 2012 at 8:59

On dirait la description d’un terroriste ordinaire… J’aime.

Goldfrapp, un autre « groupe » que je compte parmi ma discothèque. Bref, je crois que nul besoin de commenter ces petits « encarts » musicaux dans tes potsts à l’avenir puisque nous partageons définitivement les mêmes.

mai 24th, 2012 at 10:35

Pas faux ! Ca tombe bien puisqu’un prochain billet concerne justement le terrorisme. Le groupe d’Alison, c’est bizarre, soit j’aime ses albums, vraiment beaucoup (le 1, le 3, le 4) soit pas du tout mais alors pas du tout (le 2 et le 5). C’est le seul groupe qui me fait ça du moins d’une façon aussi radicale. Je ne sais donc pas si je peux affirmer « qu’Alison, c’est ma copine à moi. » O_o

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