Billet

Post Wave

 

Je banguais dans la soirée, suspendu aux vagues sonores, vautré sur le canapé, les doigts suintants le gras des apéros cheap, à base de chips. Sourire d’ange pervers gravé sur le visage, je distribuais quelques fions bien sentis à des têtes de cul qui me répondaient invariablement des ha ha ha, tirant taffe sur taffe sur des cartons pas si blindés.

 

« Et Bruno, t’y vas un peu fort », qu’ils disaient les lourdauds, tandis que Samuel alignait la poudreuse à l’aide d’un vieux CD des Smashing Pumpkins

 

Les citrouilles… agression sonore, voix fluette et nez de cochon le Billy : pas très tendance !

 

« Tu vas être déchiré, putain ! gloussa Yohan le blond aryen, une accointance un peu lointaine, nouveau dans le paysage et prêt à surfer sur la vague réputée putassière de nos soirées.

– Il faut bien être déchiré de quelque part, répondis-je entre deux shoots de Jägermeister.

– Ha ha, p’tite touze va !

– Sodomite, s’il te plaît ! plaisantai-je.»

 

Quand ce fut mon tour, je snifai ma ligne Paris-Bamako à l’aide d’un billet de cent aussi fripé qu’une mamie montpelliéraine. Puis, je frottais, de mes doigts puants la cacahouète soufflée au fromage, quelques flocons, ces résidus égarés sur la table basse, sur mes gencives. Alors, je promenais ma langue sur mes muqueuses exaltées, souriant dans le vide comme une gravure de mode. D’un déhanché de connasse, je provoquai cette aimable risée qui m’amusait tant :

 

« Hé regarde, Bruno, elle fait sa Hanouna ! Youhouuuuu ! Trop cool. Mais t’es sûr que t’es pas pédé, hein ?

– Encore ! quémandait Clément, avec son rictus de puceau de l’espace. »

 

Repu de ce festin céleste, amusant la galerie plus que de raison, je repris place sur le canapé moelleux, profitant des diatribes éclairées de mes comparses. Ces pauvres hères devisèrent de nouveau sur les pouvoirs mystiques de la chatte, l’extensibilité absolue de leur chibre cosmique, la quête effrénée de nouvelles conquêtes souvent martiennes – bref, du con et des quéquettes.

 

Toujours ces vieilles rengaines misogynes sur fond de clichés mal léchés, ces anecdotes de potes qui se concurrencent, dardant mille-et-un détails salaces sur fond de mouillure abondante, giclées orgasmiques et bandaisons systématiques. L’un des minions de cette beuverie, enivré par ses soi-disant prouesses, brandit son cellulaire pour nous montrer une esquisse finie à la pisse de sex-tape : une grosse baleine se frottant la couenne sous la douche, caressant d’un air lubrique sa bedaine et ses nibards fromagers.

 

« Putain, tu peux trouver son vagin sans faire de la spéléologie ? interrogea Medhi, qui préférait les anorexiques et autres adeptes des menus salades.

– Ouais, mais faut une bien grosse pour l’atteindre ! entonna Yohan, fier de sa performance. Tu peux pas revenir en arrière une fois que t’as testé. Dedans, c’est chaud comme de la viennoiserie, t’as pas idée, gros !

– Surtout dans son cul, plaisanta Medhi, ça doit être fondu comme un pain au chocolat qui sort du four.

– Ha ha ha !

– Tu l’as sauté ? Sérieux ? s’offusqua Anthony, les yeux écarquillés.

– Ben ouais ! certifia Yohan qui ne savait plus si c’était du lard ou du cochon. Le pauvre guedin se décomposait de minute en minute, alors que la vidéo se rejouait de main en main, déclenchant chaque fois une salve de rires moqueurs, en rien salvateurs.

– Mais c’est un boudin ! » s’étouffa le latino, qui manqua de cracher son whisky caca.

 

D’un geste empressé, non sans dégoût, il balança le téléphone de son comparse, dans l’indifférence générale.

« Un trou est un trou, continua Samuel, estimant qu’il n’était jamais bon de tourner autour du pot.

– Surtout quand on est au fond du trou, » ajoutai-je pour clore cette parenthèse « cétacé. »

 

Ces petits cons, pensais-je en faisant craquer mes doigts saveur pizza, me débarrassant du bang en l’offrant à un membre moins cool de ce petit gang ! Ils ne valaient guère mieux les uns que les autres, engagés dans ce marathon stupide, en quête de la première place au palmarès de la fesse.

 

« C’est mon tour, c’est mon tour ! » jappa l’un d’entre eux, pris d’une crise de rire incontrôlable.

 

Par amour de la surenchère, Medhi dévoila donc sa petite vidéo homemade cent pour cent pur beur laquelle fit saliver, avec sa prétendue cousine, l’assemblée des mâles alphas. C’est alors qu’un rideau de neige s’abattit tendrement sur nos pupilles dilatées, nos sens transcendés. Le teint mordoré de Medhi vira à l’écrevisse en un tour de main alors qu’agglutinée, la bande bavait et menaçait de bander sous une pluie de pixels, congratulant son propriétaire pour son statut de gang bangueur.

 

D’une main lourde, faisant fi de ces logorrhées de plus en plus décousues et autres panégyriques génériques, je faisais en sorte que l’alcool coule à flots et déposai sur la table basse, au moment opportun, quelques comprimés magiques de ma composition.

 

« C’est de la bonne, pas pour les tapettes ! Newbies et femmelettes s’abstenir ! » entonnai-je d’un rire sympathique et contagieux qu’envieraient tout marchand de glace qui se respecte.

 

Emoustillés par l’évocation délicate d’une chocolatine, il était temps de s’engouffrer dans la noirceur amusante du stade anal, que Samuel et moi attendions avec une grande impatience, histoire de prendre enfin les devants. Nous savions qu’il fallait attendre qu’ils soient tous défoncés, afin qu’ils nous sucent la bite. Et, sous les caméras placées ici ou là, nous armerions, fusils au vent, notre rituel favori : déflorer les rondelles serrées de ces connards d’hétéros, brisant à jamais – et avec entrain – leur serment d’hypocrite.

 

 

Ecrit le 13 novembre, pour la semaine 10 du Projet Bradbury.

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